Jean Labre (photos M. Vicent-Roubert)Tous les harmonicas
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De l'Harmonica, à l'Accordéon, à l'Accordina

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Les 20 premières années du XIXe siècle ont été des plus prolifiques en inventions, à commencer par l'harmonica et ses multiples dérivés, fruits d'inventeurs imaginatifs et perfectionnistes à l'extrême...
Je vous invite aujourd'hui à revisiter avec moi les inventions de cette période, dans le domaine de l'anche libre, lesquelles après une suite de mutations successives vont aboutir à la naissance de l'accordéon.

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Nous sommes en 1821, en Allemagne, Christian Friedrich Buschmann invente un petit instrument, l'Aura, long de 10cm, qui possède 15 lamelles de métal qui vibrent sous le souffle. L'aura est simple, pratiquement indéréglable et a déjà les caractéristiques de l'harmonica tel que nous le connaissons.

1822 - Suite à son invention de l'année précédente, Friedrich Buschmann imagine d'associer un petit soufflet à l'Aura, ce qui démontre qu'il serait possible de substituer un souffle mécanique au souffle humain... Le premier fruit de cette expérience sera baptisé Handäoline (main éoline, photo).
La succession des inventions qui vont suivre, en commençant par le même raisonnement, nous révèle que Buschmann était en effet le précurseur de l'accordéon (qui devint plus tard l'accordéon).

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1827... A Paris, Marie Candide Buffet, accordeur de son état, invente l'Harmonica métallique à bouche (photo ci-dessous), dans son atelier situé rue des Blancs Manteaux dans le IVème arrondissement. L'entreprise de Buffet va connaître un développement rapide et fructueux, l'obligeant à distribuer le travail de fabrication en ville chez des particuliers et l'un d'eux, Jacob Alexandre, va fonder à son tour, en 1928, une firme spécialisée dans les fabrications de cette nature.

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Le nombre d'instruments que l'on inventera à cette époque n'aura de cesse de s'accroître. Ce qui va amener Marie Candide Buffet à s'installer dans des locaux plus spacieux, rue des Francs Bourgeois, dans le quartier du Marais.

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Etant arrivé aux mêmes conclusions que Christian Friedrich Buschmann, il invente à son tour un nouvel instrument basé sur le principe du soufflet mécanique baptisé l'accordion, dont il va il va dès lors en assurer la fabrication.

Il semble bien, qu'avec quelques autres (Buffon, Wheatstone, Demian, Hohner, etc.), M.C. Buffet ait assuré en France, sinon la fabrication mais aussi la vente (après l'harmonica métallique à bouche) de ce nouvel instrument. Il va s'y consacrer jusqu'en 1837 en collaboration avec Mathieu François Isoard, mécanicien luthier. C'est à cette époque que l'accordion va devenir l'accordéon. Marie Candide continuera à en assurer sa fabrication, soucieux de toujours vouloir améliorer l'instrument. Il décède en 1859 à l'âge de 62 ans. Il restera un symbole du passage de l'harmonica à l'accordéon.
(ci-contre, photo de l'Espace Marie Candide Buffet d'Orgelet, sa ville de naissance, classé patrimoine National/Franche Comté).

1829, Cyril Demian crée L'Harmonica à main, déposant un brevet à Vienne le 6 mai 1829, le concept de base, emprunté à l'handäoline de Christian Friedrich Buschmann, consistant à remplacer le souffle humain par un soufflet mécanique.
1829- La même année, en Angleterre, Charles Wheatstone invente un petit instrument hexagonal similaire à l'accordion, le concertina, transformant ainsi sa première invention, le symphonium à bouche (1825)... en un symphonium à soufflets (photo ci-dessous).

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Lequel aboutira en 1840/1849 à l'invention du Bandonéon par Heinrich Ban, en Allemagne, dont les premiers modèles, bien que carrés au lieu d'hexagonaux, laissent apparaître une similitude avec le concertina de Wheatstone, ainsi que la gestuelle des musiciens, autre similitude, signe d'appartenance à une même famille instrumentale.


Force est de constater que sans l'invention de l'harmonica, l'accordéon n'aurait sans doute jamais vu le jour à cette époque.

De l'Accordéon... à l'Accordina

1943- Un siècle plus tard... L'anche libre, déjà génératrice de multiples inventions, entre à nouveau dans le jeu créatif des chaises musicales, lequel nous ramène à la case départ... retour à la musique à bouche avec l'invention de l'accordina.
Il s'agit là d'un instrument hybride qui se situe naturellement entre l'accordéon et l'harmonica.
Imaginé par André Borel dans les années 30, l'accordina fut breveté en décembre 1943. Il emprunte à l'accordéon ses anches libres et son clavier chromatique (44 notes, 3 octaves et demie). Il tient de l'harmonica par l'apport du souffle produit par le musicien et par ses deux volets latéraux qui permettent de moduler le son, comme le fait l'harmoniciste avec ses mains.
Le côté hybride de cet instrument lui portera longtemps préjudice ; ciblant, à tort peut-être, un public accordéoniste, excluant le domaine de l'instrument à vent.
Aujourd'hui, par contre, Richard Galiano, Francis Jauvin, Daniel Mille, Jean Louis Matinier, Roland Romanelli ou encore Jacques Bolognesi l'emploie pour explorer de nombreux univers musicaux : jazz, chanson Française (Georges Moustaki, en tournée, a préféré l'accordina de Jauvin au traditionnel accordéon).

Au cours de son histoire, l'accordina va connaître plusieurs formes de fabrications. Les plus importantes évolutions surviennent à la fin des années 50. Les musiques changent, il faut s'y adapter. Les anches en laiton des premiers modèles seront remplacées par d'autres en inox. Parmi les nouvelles fabrications, on relève les modèles « or » et "argent" réalisés fin de années 60 par Paolo Soprani.
Tombé dans l'oubli pendant une longue période, l'accordina renaîtra de ses cendres en 1995, fabriqué par Laurent Jarry, et Marcel Dreux depuis 2002*.

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Les différents modèles
-L'accordina boutons
A l'origine, fut imaginé et construit par André Borel. La version 2000 de Marcel Dreux est la copie conforme de cet instrument avec pour principale modification la venue d'un sommier en matière synthétique. Marcel Dreux a réalisé le modèle 2004 en tenant compte des exigences des utilisateurs en remplaçant les ouïes latérales, finement découpées, qui permettent aux mains de mieux moduler le son , et intégrant un bec amovible, interchangeable (lavable). Ajoutons à cela un clavier en couleurs très pratique, permettant ainsi de mieux se repérer.
Le son est chaud et puissant. La tessiture couvre 3,5 octaves de Fa à Do.
-L'accordina piano
Il a été étudié en pensant au grand nombre d'accordéonistes qui jouent du clavier piano, mais aussi à tous les pianistes qui, pénalisés par un instrument très lourd, pourront désormais emporter sous le bras un outil qui leur permettra de s'intégrer plus facilement dans des groupes, au pied levé.
Il offre une tessiture qui couvre 3 octaves, de La à La, accordé à 442 Hz.
-L'accordina Diatonique
Il s'agit d'un accordina dit : « boutons 2004 ». Il est uni sonore avec un doigté qui correspond à celui d'un accordéon diatonique 3 rangées. Il possède un son chaud, puissant. Il couvre 3.5 octaves accordées à 442 Hz.

Le son de l'accordina est tellement proche de l'harmonica qu'il m'est arrivé de m'y laisser prendre à l'écoute d'enregistrements... en prenant l'un pour l'autre. L'accordina s'intègre avec bonheur aux styles de musiques actuelles, le jazz en particulier.

Que de chemin parcouru depuis l'aura de Christian Friedrich Buschmann, et, plus encore depuis l'empereur Huang-ti (Huangdi) , inventeur, il y a 4.500 ans du Sheng* , ancêtre de l'harmonica...
L'anche libre n'a sans doute pas fini de nous réserver des surprises... l'avenir nous le dira, restons attentif à la ronde des chaises musicales...

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Jean Labre

Sources : biographie Marie Candide Buffet, Harmonica museum Trossingen, Albert Raisner, Pierre Monichon, Marcel Dreux, extraits de l'Encyclopédie de l'Harmonica de Jean Labre, en fin d'écriture.

*Il s'agit en fait d'une photo d'un Shô Japonais, apparu au cours du VIIIème siècle, prolongement du sheng chinois.

photos: musée M.C. Buffet, Hohner, Harmonica museum Trossingen, musée Wheatstone, Marcel Dreux, Micheline Vicent/Roubert,Agnès Menouillard.

Copyright©2012 Jean Labre
Paru le 19 février 2012

 

Copyright © Jean Labre 2005-17 - Mis à jour le 26 juin 2017 -